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Fouille des sarcophages de plomb de Flers : respect, science et coopération

Modifié le 03/10/2016

L’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) a procédé fin février à l’ouverture des cercueils en plomb découverts sur la place du marché de Flers. Les premières observations réalisées par les équipes de l’INRAP avaient déjà été très riches, mais l’ouverture des cercueils représentait une étape à la fois émouvante et cruciale pour le processus scientifique.

Ouverture d'un cercueil
photo Inrap

Ouverture d'un cercueil photo Inrap

Accueillie par Mme Hélène Dupont, la responsable scientifique du projet, la délégation de la Ville de Flers a passé dans le laboratoire deux heures passionnantes. L’équipe de fouille, constituée d’historiens archéologues de l’INRAP, du CNRS (Centre National de Recherches Scientifiques) et du CRAHAM (Centre de Recherches Archéologiques et Historiques Anciennes et Médiévales), a répondu à toutes les questions de Mme Polvé, vice-présidente chargée du pôle culturel mutualisé Ville de Flers-Communauté d’Agglomération du Pays de Flers, et des deux cadres qui l’accompagnaient.
L’Université de Caen a mis à disposition de l’équipe de l’INRAP une vaste salle dans laquelle un laboratoire a été monté. Le très moderne des instruments y côtoie le très ancien du sujet d’étude. Les compétences mobilisées pour cette fouille sont multiples : histoire, anatomie, botanique, palynologie… un large portique sert de support à la caméra qui a filmé en continu l’ouverture des cercueils.

Quand les sarcophages livrent leurs premiers secrets

Une grande salle vide : une zone laboratoire délimitée par des grilles et protégée par des bâches. Des silhouettes enrobées d’un blanc vaporeux. Des ordinateurs, des tables de travail renforcées, et une ambiance feutrée entourent les cercueils exposés. L’un d’eux a été recouvert, il attend sur le côté. Autour du second s’affairent trois des silhouettes.

L’homme est allongé dans sa gangue de plomb abimée par le temps et les mouvements du terrain. Pour l’ouverture, les hommes et femmes en blanc ont dû enfiler des masques lourds pour se protéger des particules nocives (de plomb car le contenu des cercueils est désormais inoffensif) ; maintenant, ils sont penchés sur lui, et les masques légers qu’ils portent ne sont destinés, comme leur tenue, qu’à protéger le corps de leur influence : squames, cheveux, germes. Dans le cercueil anthropomorphe, l’homme paraît fragile, tassé. Sa bouche édentée trahit son âge mais aussi les rudes conditions de vie d’une époque où une carie pouvait tuer un homme dans la force de l’âge et où les soins dentaires se limitaient à l’arrachage.

Une scientifique prénommée Rozenn le présente. L’homme était d’âge mûr ou avancé. Il était atteint d’une spondylarthrite aigüe qui a soudé entre elles une partie de ses vertèbres et certaines zones de ses hanches ; il devait se mouvoir avec raideur et avec difficulté. Il devait être nu ou enveloppé dans un fin linceul, et on retrouve sur lui les traces d’un embaumement soigneux, peut-être réalisé avec des plantes. Pour une raison inconnue, son menton repose sur sa poitrine : sa tête, peut-être à cause de la déclivité du sol, a quitté sa position initiale. Le tracé bien net d’une perforation indique une intervention chirurgicale sur son crâne, sans qu’on puisse déterminer pour l’instant si elle est liée à la cause de son décès.

Avec précision et délicatesse, un autre membre de l’équipe prélève des échantillons qui seront analysés par le Museum d’histoire naturelle de Paris. Les boîtes sont annotées pour indiquer le lieu du prélèvement, la date et l’orientation (dessus-dessous). Sur des photographies imprimées, il indique par annotations et couleurs la position de ces prélèvements ; « l’archéologie détruit son sujet d’étude », indique notre guide, « d’où l’importance de faire des relevés très complets et de documenter tout ce que l’on trouve ».

Les conclusions complètes pas avant 2017

Mme Dupont enchaîne sur l’avancement de ses recherches en archives. Depuis le début du projet, elle a trouvé de nombreuses sources qui complètent ce que l’on sait de l’histoire des comtes de Flers au XVIIe-XVIIIe siècles et de leurs défunts. Tout est mis en œuvre pour progresser à la fois sur la connaissance des rites funéraires du XVIIe siècle dans la région et sur l’identification des occupants des sépultures fouillées.

La publication d’un premier rapport est attendue pour 2016 ; une publication complète regroupant les conclusions de tous les scientifiques impliqués dans le projet devrait voir le jour l’année suivante. C’est à peu près à ce moment-là que les travaux du centre-ville reprendront sur la place Saint-Germain ; il n’est pas impossible que de nouvelles sépultures soient alors mises au jour. Le Service Régional de l’Achéologie et l’INRAP reprendront alors leur collaboration.